Les 70 kilomètres qui séparent l’île d’Anjouan (Union des Comores) de Mayotte recouvrent un véritable cimetière marin, où reposent les hommes, les femmes et les enfants qui ont trouvé la mort lors de traversées dans des embarcations de fortune, tristement connues sous le nom de “kwassa-kwassa”.
La responsabilité de ces disparitions tragiques est entièrement imputable à la politique menée par la France, tant à l’égard de la règle internationale qu’en matière migratoire. On attendait de la visite du Ministre de la Défense, personnage central de la République, une prise de position responsable et claire pour qu’enfin cesse ce scandale. Axée sur l’intensification de la répression et de la militarisation de la zone, l’intervention d’Hervé Morin a déçu ces espoirs.
Une politique inacceptable
L’Histoire rappelle de nombreuses résolutions de l’ONU qui ont établi l’illégalité du détachement de l’île de Mayotte de l’État comorien lors de la décolonisation de l’Archipel. Depuis 1976, la République française n’a jamais tenu compte de cela ; au contraire, ses gouvernements ont fait le choix de ne proposer à Mayotte que la voie de l’assimilation.
A cette infraction au droit international, la France ajoute depuis 1995 une politique restrictive en matière d’immigration, qui soumet les déplacements entre les îles de l’Union des Comores et Mayotte à l’obtention d’un visa, surnommé « visa Balladur ». C’est ce durcissement qui est véritablement à l’origine de la tragédie des kwassa-kwassa. En effet, les barrières aux échanges humains entre Mayotte et l’île d’Anjouan brisent une série de rapports sociaux, basés sur des relations économiques et familiales constantes entre Anjouanais et Mahorais.
La grande majorité des Anjouanais qui se rendent à Mayotte n’y demeurent que quelques jours ou quelques semaines. Au-delà de la limitation des déplacements, la législation appliquée par la France bouleverse les équilibres identitaires : en faisant des visiteurs d’Anjouan des hors-la-loi sans-papiers et clandestins, l’application du visa Balladur a créé un antagonisme entre les deux populations. Responsable de centaines de noyades, la politique menée par la France l’est aussi de la montée des tensions entre Anjouanais et Mahorais.
L’engrenage de la répression
Entièrement responsable de cette situation inique, la République a le devoir minimal d’éviter aux populations les conséquences d’une politique que sous-tend sa propre violation du droit international.
Les autorités auraient donc dû tout mettre en œuvre pour faire cesser les noyades, mais aussi pour permettre aux échanges humains entre les deux îles de recouvrer un aspect sain et serein.
La déclaration du Ministre de la Défense de passage à Mayotte la semaine dernière témoigne d’une orientation totalement opposée. L’armée, a-t-il annoncé, se joindra désormais aux forces de l’ordre dans la traque aux clandestins… Cette annonce, qui ne semble pas réjouir les militaires, vient compléter les renforcements du dispositif répressif annoncés précédemment : accroissement des effectifs policiers, acquisition de vedettes rapides, mise en service d’un hélicoptère. C’est ainsi le choix de la répression qui a été fait, là où une politique de responsabilité et d’humanité aurait permis le retour à la normale. La honte de la République demeure.
Geoffroy Géraud
























