Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
Au-delà de la polémique
26 novembre 2009, par

Les polémiques ne doivent pas masquer l’essentiel : la réalisation du Tram-train ne tient qu’à la simple mise en œuvre de l’Egalité républicaine.
Raisonnements inaboutis, démonstrations incorrectes, inexactitudes, propos partisans : les grands médias réunionnais n’ont pas manqué l’aubaine de relayer les polémiques relatives au tram-train qui ont suivi les déclarations de la ministre déléguée à l’Outre-mer, Marie-Luce Penchard.
Mensonges et démagogie électoralistes
Si l’on en croit Didier Robert, député-maire du Tampon, stratège d’Objectif Réunion et tête de liste UMP aux élections régionales, « le tram-train est un dossier très lourd au niveau budgétaire qui va engager la collectivité régionale sur de longues années ». Par cette déclaration, le député-maire feint de croire — et tente de faire croire — que le projet serait porté par la seule Région Réunion. Or, comment Didier Robert pourrait-il ignorer que le projet Tram-train est partagé entre la collectivité réunionnaise, le Gouvernement et le secteur privé ? Le 26 août 2006, la Région Réunion a approuvé un mode de financement du Tram-train par partenariat public-privé. Pour 1 milliard 600 millions d’euros que représente le coût global du projet, la participation de l’Etat s’élève à 435 millions d’euros, celle de la Région Réunion à 350 millions, l’Europe apportant de son côté une contribution de 100 millions d’euros. Selon la formule du partenariat public-privé, le reste des fonds est abondé par les entreprises privées retenues par le projet. Au moment de la signature du Protocole de financement, le Premier ministre avait déclaré ceci : « Cette décision, nous l’avons prise ensemble, dans un esprit de dialogue et de partenariat.
Nous avons veillé à partager les responsabilités ». Donc, État et Région sont co-responsables de ce projet, à moins que les écrits du Premier ministre puissent être remis en cause par le premier "petit dictateur des Hauts" venu.
Les propos de Didier Robert sont donc bien plus qu’exagérés : ils constituent un mensonge pur et simple. Une fois de plus, le député-maire du Tampon sacrifie l’intérêt général de La Réunion sur l’autel de la démagogie partisane.
Patrick Devedjian et Dominique Bussereau, de simples francs-tireurs ?
Les propos tenus par Marie-Luce Penchard lundi dernier laissent perplexes : selon la Ministre, une « dérive des coûts » aurait marqué jusque-là la mise en œuvre du projet Tram-train.
Etonnante déclaration, un mois exactement après que Patrick Devedjian, ministre de la Relance au sein du même Gouvernement que Mme Penchard, ait décerné à l’équipe qui a mené à bien la conception du projet le Prestigieux Prix des Partenariats Publics-Privés. Or, c’est précisément au titre de la maîtrise des coûts et des délais que le projet Tram-train a été distingué parmi de nombreux partenariats publics-privés menés non seulement en Europe, mais aussi en Amérique et dans le monde entier.
L’impression de confusion s’accroît lorsque l’on compare les propos de la Ministre avec ceux de son homologue des Transports, Dominique Bussereau : les Réunionnais avaient pu entendre le ministre, en déplacement dans notre île le 5 octobre dernier, manifester son soutien au tram-train, et se prononcer en faveur de l’attribution d’une dotation ferroviaire à La Réunion. « L’Etat sera partenaire. Nous sommes exactement dans l’esprit du Grenelle de l’Environnement, avait alors déclaré Dominique Bussereau. « On peut par exemple réfléchir à une dotation ferroviaire comme pour les régions de France qui ont des espaces régionaux. Pourquoi ne pas la proposer à notre Parlement ? », avait-il ajouté.
Les Réunionnais sont-ils des citoyens moins égaux que d’autres ?
Evoquée négativement par Mme Penchard avant-hier, la dotation ferroviaire alimente aujourd’hui le regain de polémique autour du tram-train. En jeu, une somme de 80 millions — soit 5% du coût du projet — demandée par la Région Réunion dans la dernière ligne droite du tram-train.
Contrairement à ce que certains ont pu dire ou écrire, les Réunionnais ne « mendient », ni ne « quémandent » quoique ce soit : ils ne font que réclamer leur dû. En effet, la dotation ferroviaire permet aux Régions de France d’obtenir un complément financier dans le secteur du rail.
Dans le contexte actuel, ce financement auquel les Régions de l’Hexagone sont éligibles permettrait à la Région de construire son train, tout en conservant les investissements nécessaires dans les domaines de compétences qui lui ont été transférés. Or, selon Marie-Luce Penchard, le train des Réunionnais ne pourrait bénéficier de cette mesure au motif que… La Réunion n’a pas de train ! On ne saisit guère la logique d’un tel raisonnement.
De surcroît, cet argument inattendu apparaît à contre-courant de l’évolution décisive des rapports entre Paris et les Outre-mers annoncé par le Président de la République il y a à peine trois semaines, lors de la restitution des travaux du Conseil interministériel de l’Outre-mer (CIOM). Chacun se souvient que le Chef de l’Etat avait énoncé la volonté de construire des rapports renouvelés entre la République et les Outre-mers sur la base du « respect ». Ces propos forts semblaient donc impliquer une rupture avec un passé au cours duquel les Réunionnais ont dû batailler ferme pour obtenir simplement ce qui leur était dû au titre de l’Egalité républicaine.
Dès lors, il semblait que l’orientation définie au sommet de l’Etat le 6 novembre devait mettre fin aux pratiques longtemps endurées par les Réunionnais, par lesquelles les administrations trouvaient toutes les mauvaises raisons procédurales et multipliaient les atermoiements, les arguties juridiques et les obstacles artificiels dans le seul but d’empêcher la réalisation de l’Egalité.
Geoffroy Géraud
Note de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
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