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11 juin, parCourrier des lecteurs
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En 2024, La Réunion a importé 1 302,5 ktep d’énergie, soit l’écrasante majorité de sa consommation. Produits pétroliers, biodiesel, pellets de bois : notre système énergétique repose toujours sur l’extérieur. Si le charbon et le fioul lourd disparaissent, ils sont remplacés par des renouvelables… importés. Pendant ce temps, les ressources locales stagnent. Cette dépendance n’est pas technique : elle est structurelle et politique.
L’approvisionnement énergétique de La Réunion repose sur trois éléments : les importations d’énergies primaires et secondaires, la production locale, et la variation des stocks. Ces données, issues des travaux de la DEAL, d’Albioma, de la SRPP et compilées par l’Observatoire Énergie Réunion (OER), permettent de mesurer notre consommation primaire.
En 2024, l’approvisionnement en ressources énergétiques importées atteint 1 302,5 ktep. Dans le détail :
• 61,6 % proviennent des produits pétroliers (hors gaz butane)
• 1,7 % du gaz butane
• 17,8 % des pellets de bois (origine Australie, USA)
• 18,9 % du biodiesel (origine France, colza transformé)
• 0,02 % du bioéthanol
• 0 % de charbon
Le charbon a disparu en 2024 après la conversion des centrales thermiques biomasse. Le fioul lourd est également supprimé. Mais cette sortie des fossiles ne signifie pas autonomie.
Le charbon et le fioul lourd ont été remplacés par des pellets de bois venant de forêts lointaines appartenant à Albioma (231,7 ktep) et du biodiesel importé d’Europe par EDF (245,9 ktep). Ces deux ressources, présentées comme renouvelables, sont importées massivement. Les pellets ont bondi de +126 %, le biodiesel a doublé en un an.
Autrement dit, la transition énergétique engagée repose largement sur des renouvelables venus d’ailleurs. La production électrique 2024 (3 067 GWh) se compose de 61,2 % d’énergies renouvelables importées, 31,2 % de renouvelables locales et encore 7,6 % d’énergies fossiles.
Ce modèle ne rompt pas avec la dépendance : il la reconfigure.
Dans le même temps, les carburants augmentent. Essence (+11,6 %), gazole (+8,5 %), gaz butane (+4,9 %). Le gazole atteint 438,9 ktep et reste la première énergie importée (34 % du total). Les transports demeurent le principal moteur de la dépendance.
La consommation de carburéacteur baisse légèrement (-1,5 %), malgré une hausse du trafic aérien à l’aéroport Roland Garros. Mais l’essentiel demeure : la mobilité réunionnaise reste construite sur l’importation.
Face à ces 1 302,5 ktep importés, les ressources locales représentent 168,1 ktep, en baisse de 4 %. Elles se répartissent entre :
• Bagasse : 60,0 ktep
• Hydraulique : 36,0 ktep
• Solaire thermique : 35,9 ktep
• Photovoltaïque : 26,7 ktep
• Biogaz : 6,1 ktep
• Éolien : 3,0 ktep
• Bioéthanol local : 0,3 ktep
La baisse de la bagasse explique en partie le recul. Les productions locales restent soumises aux aléas climatiques. Mais elles constituent le seul socle d’autonomie réelle.
Sur dix ans, les importations fossiles ont diminué de 29,5 %, grâce à l’arrêt du charbon et du fioul lourd. Mais la structure globale demeure : l’île importe l’essentiel de son énergie, qu’elle soit fossile ou renouvelable.
La question n’est donc pas seulement de verdir l’approvisionnement, mais de le relocaliser. Tant que l’énergie viendra majoritairement de l’extérieur, La Réunion restera exposée aux fluctuations des marchés, aux décisions prises ailleurs et à un modèle économique qui ne privilégie pas l’intérêt du territoire.
L’autonomie énergétique ne se résume pas à changer de combustible. Elle suppose de transformer en profondeur le système : développer massivement le solaire, l’hydraulique, l’éolien, la géothermie et l’énergie thermique des mers. Produire ici pour consommer ici.
La Réunion a les ressources naturelles. Le défi est désormais politique.
M.M.
Courrier des lecteurs
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