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8 novembre 2018, par
‘Aller marron’, c’était monter dans les Hauts, fuir l’esclavage, reconquérir une dignité perdue. C’était aussi dominer les bas où s’étalaient les Gros Blancs dans leurs richesses et leurs luxes invraisemblables. Regarder la montagne aujourd’hui avec ces yeux-là la rend plus haute, n’est-ce pas ?
Il est des contes et des légendes qui racontent cette montée : quand Ti-Zan marronne, se révolte contre Grandiab, contre le Dieu des Blancs, au paradis même, à qui il fait la leçon ; la riche Madame Débasin condamnée à faire la servante de Satan ; et Grand-mère Kalle qui pleure son enfant perdu…
Les penseurs de la Révolution avait l’intuition du devoir esthétique et social ensemble, sans voir qu’il existait déjà dans le conte. Un art pour le peuple et par le peuple.
« Le contenu social du conte, écrit Daniel Honoré, ne laisse pas toujours intact le fonctionnement déficient de la société ou de ceux qui ont le pouvoir. C’est ainsi que Ti-Zan se moque des rois, ridiculise Grandiab, se venge de son oncle riche et avare. Namkuitkuit, lui, se rit des pièges que sa mère indigne lui tend pour le faire dévorer par Groloulou : il finit même par punir son père d’être lâche et irresponsable ».
Créer un conte, c’était devenir Celui-qui-n’a-pas-de-nom, l’artiste s’effaçait devant sa création. Car le conte était avant tout une manifestation de la solidarité au sein même de la famille.
Œuvre individuelle, reprise par la collectivité, “les zistoir réalisent une sorte de mémoire d’une société et chaque génération qui passe y apporte sa marque, son sceau, avant de la léguer à la suivante”.
L’art social n’est pas un art de pouvoir, il est un art de partage et d’amélioration, il se moque de la catégorisation d’art majeur-art mineur. Le beau n’a pas à être une religion.
Quand Proudhon écrivait dans son ouvrage Du Principe de l’art et de sa destination sociale : « L’art ne s’est occupé jusqu’à présent que des dieux, des héros et des saints : il est grand temps qu’il s’occupe des simples mortels », il ne regardait pas du côté des petites gens, et ne s’adressait pas davantage à eux.
Roger Marx dès lors qu’il appelle de ses vœux un art social met en avant la notion de cordialité. Il est proche des rêves fouriéristes, de la Cité-jardin, il vante le particularisme régional. Sans le savoir, il s’approche du conte.
« Dans le monde des contes, fait Daniel Honoré, les valeurs sont encore bien présentes : le respect, l’amour du travail, la politesse, la solidarité, le sens de l’économie ». Et il conclut : « N’oublions pas que l’une des premières raisons d’être des contes et légendes est leur influence morale et intellectuelle ». Leurs personnages ont à la fois une dimension matérielle et spirituelle.
Ils nous questionnent encore sur le rôle social de l’art.
Léon de Laborde déjà en 1851 se moquait de « la théorie insensée de l’art pour l’art » : « Le temps n’est pas loin (lançait-il) où l’on soutenait gravement qu’un chou peint dans toutes les conditions de la perfection, devrait être considéré comme l’égal de la Transfiguration de Raphaël ». Eh bien, ce n’est pas vrai, Laborde avait tort : nous y sommes encore, les mêmes tensions se jouent, et Daniel Honoré y répond à son échelle dans « Faisons nos contes… ».
Jean-Baptiste Kiya
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